Rien n’était plus facile que d’utiliser
un livre pour en faire un palimpseste !
Et
pourtant, il a fallu choisir le livre adéquat ; ce n’était finalement pas
aussi simple, car l’énorme malle du grenier de ma mère en contenait des
dizaines.
Celui-là, comme beaucoup d’autres, contenait
un feuillet collé à l’intérieur de la couverture qui indiquait le nom, la date
et le prix décerné. Il a été imprimé en 1891 et ma grand-mère qui l’a reçu en
récompense de ses capacités en grammaire, devait avoir dix ou douze ans.
Le format du livre, la couleur ( quoiqu’enveloppé
dans un exemplaire du Petit Journal du samedi 11 juillet 1896) et le récit
m’ont convenue.
Il s’agissait d’une sorte de petit
roman d’apprentissage pour jeune fille. Son contenu - moralisateur, culpabilisateur,
hypocrite, sexiste, charmant dans l’ensemble et quelquefois drôle - aurait pu
s’avérer intéressant d’un point de vue ethnologique, mais son papier
d’excellente qualité m’a paru apte à supporter une nouvelle aventure. J’en ai
donc fait le journal de ma vie quotidienne.
Ce livre me relie à cette grand-mère
que je n’ai pas connue, malgré les 122 années qui séparent la lecture de l’une
de l’écriture de l’autre.
Encore bien de pages restent à rédiger.
J’en reprendrai peut-être l’écriture à mon retour de voyage.
« Nombreux sont ceux qui vivent en
nous ;
Si je pense, si je ressens, j’ignore
Qui est celui qui pense, qui ressent.
Je suis seulement le lieu
Où l’on pense, où l’on ressent. »
[J’ai marché, j’ai marché,
sur de longues routes, J’ai rencontré des Rroms
heureux, Ah ! Roms, d’où
venez-vous ?]
(
šaban Bajrarmonvić, 1964)
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En dépit de mes cheveux
blonds Je suis asiatique En dépit de mes yeux bleus Je suis africain.
« En dépit de mes cheveux blonds… »,
Nâzim Hikmet
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Navegar é preciso, viver não é preciso O barco!
[ Naviguer est nécessaire,
vivre n’est pas nécessaire, le bateau]
“Os argonautes”, C. Veloso
( origine : “ navigare necesse
est, vivere non est necesse, Pompée)
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« Cada cual con sus
trabajos Con sus sueños cada cual, Con la esperanza adelante Con los recuerdos detrás. Yo tengo tantos hermanos que no los puedo contar. »
[Tous avec leurs tâches avec leurs rêves, tous avec l’espoir devant eux et derrière, les souvenirs. J’ai tant de frères que je ne les peux compter]
« Yo tengo tantos hermanos », Atahualpa Yupanqui
Los hermanos, interprété par Mercedes Sosa
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« Black bodies swinging in the southern breeze Strange fruit hanging from the polplar trees.”
[Des corps noirs se balancent dans la
brise du sud Un fruit étrange est suspendu aux
peupliers]
“Strange fruit”, Abel Meeropol
Strange fruit, interprété par Billie Holiday, 1939.
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Laisse-moi chanter des
mélodies Qui feront danser les
branches Les fleurs de jasmin et de
narcisse Qui accompagneront les
caravanes Et traverseront les déserts.
« Ghanili Shway Shway « ,
Oum Kalthoum
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If happy little bluebirds fly
Beyond the rainbow,
Why, oh why can’t I?
[ Si les joyeux petits oiseaux
bleus
volent par-delà l’arc-en-ciel,
pourquoi, oh, pourquoi ne
le puis-je pas?]
“Somewhere over the rainbow” Edgar Yipsel Harburg
“Somewhere over the rainbow”
interprété par J. Garland, 1938/39
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Warum soll ich meine Pflicht als Frau erfülln? Für wen? Für die? Für dich? Für
mich?
[Pourquoi dois-je remplir
mon devoir en tant que femme? Pour
qui ? Pour eux ? Pour
toi? Pour moi? ]